CE LUNDI 18 MARS 2013, à 15 H, CONTRE-COURANT

« Ce qu’il y a de terrible quand on cherche la vérité, c’est qu’on la trouve. » (Rémy de Gourmont)
« Celui qui parle, celui qui écrit est essentiellement un homme qui parle pour ceux qui sont sans voix. » (Victor Serge)
Contre-courant n’aura peut-être jamais aussi bien porté son nom. Le magazine sera en effet consacré en ce jour à l’un des plus grands écrivains de langue française du XXe siècle : il s’appelle Victor Serge (1890-1947) et aucun prosateur de ce siècle n’atteint peut-être à sa qualité d’écriture. Vous ne connaissez pas cet écrivain hors pair ?? Il y a quelques raisons à cela. C’est un auteur absolument irrécupérable. Il a écrit : « Le “je” me répugne comme une vaine affirmation de soi-même, contenant une grande part d’illusion et une autre de vanité ou d’injuste orgueil. Toutes les fois qu’il est possible, c’est-à-dire que je puis ne pas me sentir isolé, que mon expérience éclaire par quelque côté celle d’hommes avec lesquels je me sens lié, je préfère employer le “nous”, plus général et plus vrai. » (Mémoires d’un révolutionnaire, p. 537). Deux œuvres de cet écrivain hors norme sont aujourd’hui au programme : Les Hommes dans la prison (1930), et Naissance de notre force (1931)
Comparés à celui de Victor Serge, combien de prétendus “engagements” littéraires paraissent aujourd’hui frelatés, l’Histoire ayant remisé au rayon des objets inutiles les œuvres de la plupart des esbroufeurs qui prétendirent jeter, depuis leur confortable bureau parisien, un regard critique sur le monde. Enfin un intellectuel — il y en eut si peu ! — qui a payé de sa personne et gagné le droit de s’exprimer en connaissance de cause. Son écriture en conserve évidemment une fraîcheur inégalable. « Ceux [des intellectuels], écrivait Victor Serge en 1939, qui ne veulent pas renoncer à eux-mêmes — je veux dire à leurs intérêts propres de détenteurs d’un savoir marqué en toutes choses par l’esprit bourgeois —, ceux qui ne veulent point renoncer à eux-mêmes pour se faire les serviteurs du prolétariat, de qui deviennent-ils, bon gré mal gré les serviteurs ? Des classes riches qui exploitent le travail et briment l’intelligence et la font servir à leurs basses besognes. »
À la fin de son autobiographie, Victor Serge écrivait, non sans quelque paradoxe : « Je n’éprouve que peu d’intérêt à parler de moi-même. Il m’est malaisé de dissocier la personne des ensembles sociaux, des idées et des activités auxquelles elle participe, qui importent plus qu’elle et lui confèrent une valeur. » (Mémoires…, p. 814) Toute relation d’une existence ne devrait-elle pas être conçue selon une telle orientation ?
Dans Les Hommes dans la prison, l’écrivain s’appuie sur les cinq années de prison passées en France pour cause d’accointances avec certains membres du groupe dit de la “bande à Bonnot”, sans jamais avoir participé à aucun de leurs méfaits. Après sa condamnation en 1912 à cinq de réclusion, contre toute attente (puisque la plupart des observateurs s’attendaient à une relaxe), il ne bénéficiera d’aucune remise de peine, contrairement à ce qui se pratiquait de manière courante.
Après sa sortie de prison en janvier 1917, Victor Serge raconte dans Naissance de notre force le périple qui l’a conduit, d’abord à Barcelone, où il fréquente les milieux anarcho-syndicalistes et prend part à la préparation d’un mouvement insurrectionnel. De retour en France, il subit un internement administratif et s’embarque à Dunkerque le 26 janvier pour Petrograd via la Finlande.
Ces deux romans sont assez proches de l’expérience de Victor Serge et de ce qu’il a vécu en ces années 1912-1919. Pour autant, ces récits ne constituent pas la plate relation des faits tels qu’ils se sont déroulés dans le détail. Pour pouvoir donner voix au chapitre à quelqu’un des hommes qu’il a rencontrés pendant ce parcours difficile, mais d’une richesse inouïe, il a recours à la fiction. Non pour déformer les faits mais pour leur donner une largeur de vues qui dépasse la seule perspective correspondant à sa propre observation. Il insère ainsi dans son récit des dialogues de personnages, qui n’ont sans doute pas été prononcés tels qu’ils sont rapportés, mais qui donnent une idée, une représentation plus suggestive de l’ambiance qui règne dans les différents lieux où se trouve le narrateur en ces moments mémorables
Bibliographie :
• Victor Serge, Les Hommes dans la prison, Éditions Climats, 2004.
, Naissance de notre force, Éditions Climats, 2004.
, Mémoires d’un révolutionnaire et autres écrits politiques, Robert Laffont, Bouquins, 2001.
, Retour à l’Ouest. Chroniques (juin 1936-mai 1940), Agone, 2010.
, Carnets (1936-1947), Agone, 2012.
Pauses musicales :
• Léo Ferré, Les Anarchistes.
• Léo Ferré, Ni Dieu ni maître.
• Manuel de Falla, Danza del molinero, tiré de « El sombrero de Tres Picos », Paco de Lucia à la guitare.
• Les Partisans, Chœurs de l’Armée Rouge.
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