Saïd Bouamama: Figures de la révolution africaine

CONTRE-COURANT, ce lundi 19 janvier 2015 à 15 h.
« Dire que l’on ne fait pas de politique, c’est avouer que l’on n’a pas le désir de vivre » (Ruben Um Nyobè)
« De toutes les études auxquelles nous nous consacrons, celle de l’histoire est la mieux à même de récompenser nos recherches. Et lorsque vous vous apercevez que vous avez des problèmes, vous n’avez tout simplement qu’à étudier la méthode historique utilisée dans le monde entier par d’autres qui ont des problèmes identiques aux vôtres. Une fois que vous avez vu comment ils ont réglé les leurs, vous savez comment régler les vôtres. » (Malcolm X, « Et d’abord, qu’est-ce qu’une révolution ? », 1963, Le Pouvoir noir).
C’est le grand mérite du livre de Saïd Bouamama (Figures de la révolution africaine) que de rappeler à notre connaissance l’existence de ces hommes qui ont lutté pour libérer leurs pays de la botte coloniale et impérialiste et qui ont laissé des témoignages d’une force de conviction et d’une actualité inouïes. La formidable tentative d’effacement de notre souvenir de ces hommes remarquables a échoué. Tous les escrocs faisandés de la prétendue pensée, tous les pseudo-intellectuels français, grassement stipendiés par ceux dont ils défendaient — et défendent toujours — les intérêts, auront essayé, pendant de longues décennies, de nous convaincre, sous couvert de la lutte contre le totalitarisme, que dénoncer l’impérialisme et le néo-colonialisme, c’était semer les graines de la tyrannie. Ils ont réécrit l’histoire en la travestissant, pour que ne soient plus évoqués des hommes aussi importants, pour nous Français et Européens d’aujourd’hui, que Kenyatta, Um Nyobè, Fanon, Lumumba, Nkrumah, Malcolm X, Ben Barka, Cabral ou Sankara.
Les « figures » que cet essai place au-devant de la scène, furent incontestablement des leaders révolutionnaires qui ont lutté et sont morts, pour certains, en combattant pour que leur pays soit libéré de la botte coloniale et néocoloniale, mais leur action a également consisté à parler et à écrire. Écrire pour mobiliser, écrire pour expliquer, écrire pour éclairer le combat que les peuples se sentaient enclins à mener sans toujours en bien discerner la direction ni le sens, même s’ils en éprouvaient la nécessité. Ces écrits nous restent, pour une bonne partie d’entre eux, et peuvent et doivent encore faire l’objet de lectures passionnantes et fructueuses. Dans le titre de son livre, Saïd Bouamama a utilisé le mot « figures » pour désigner les personnages qui ont pris une part majeure, parfois décisive, dans les combats de libération nationale en Afrique. C’est un terme qui lui a sans doute évité de tomber dans l’hagiographie, en renonçant par exemple à des mots comme “leaders” ou “héros”. Mais “figures” aussi parce que ces hommes ont coïncidé, à un moment ou une période de l’histoire, par leurs paroles, leurs actes, leurs écrits, avec le peuple dont ils faisaient partie. Ils sont devenus en effet, par leur courage, leur clairvoyance, leur expérience — parfois une longue expérience de lutte qui a entraîné emprisonnements et toutes sortes de moyens visant à les faire taire —, des “figures” dans lesquelles le peuple pouvait reconnaître son combat. « Personnages historiques, écrit Bouamama, dont le destin mêle intimement la pensée et l’action. Aucun de ceux dont il va être question dans les pages qui suivent ne s’est contenté de penser et d’écrire, comme à l’abri du monde. Tous se sont engagés dans l’action politique, souvent physiquement et certains y ont laissé la vie. Tous furent, au sens fort de l’expression, des penseurs-combattants. »
BIBLIOGRAPHIE
• Saïd Bouamama, Figures de la révolution africaine, Éditions Zones, 2014.
PAUSES MUSICALES
• "Thomas Sankara"
• Jahill, "Thomas Sankara
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