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    CE LUNDI 2 FÉVRIER 2015 à 15 h.

    POÈTES… MAIS PAS LES PLOMBS

 Léon-Gontran DAMAS (1912-1978) fut l’initiateur, avec Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor, de la notion de “négritude” et, comme Césaire, il a tout fait pour que ce terme conserve sa valeur combative. Il est né à Cayenne et de sa Guyane natale il a dit les souffrances de ceux qui au fil des siècles ont eu à subir l’esclavage et les affres de la domination coloniale. Assez peu connu en France, il mériterait pourtant de l’être bien davantage. Césaire a écrit de lui qu’il était "le premier poète nègre moderne, tout au moins pour ne considérer que le monde francophone. […] Contre le préjugé courant qui veut que la poésie vive de la fable, de l’illusion, du mythe, voire du mensonge et de l’affabulation, je soutiens que la poésie, la vraie poésie est vérité, qu’elle est la Vérité, en tout cas la vérité fondamentale, la vérité des profondeurs, la vérité de l’être. Et c’est cela qui me permet d’affirmer que si Damas est poète authentique, il l’est d’abord par la lucidité et la qualité du regard qu’il a porté, sans complaisance, sur le monde. […] La vérité peut être cruelle. La grandeur de Damas est de l’accepter sans l’altérer, sans la gommer, sans l’embellir." 
« De quelque façon que l’on cherche à se justifier, a écrit Damas en 1939, l’impérialisme colonial est essentiellement la conquête par la ruse et la violence de territoires dont les habitants ne disposent pas de moyens de défense efficaces contre les armes et procédés des “colonisateurs”, avec le but unique d’asservir ces populations de façon plus ou moins déguisée pour des fins d’exploitation économique. »

Lorsque son premier recueil de poèmes, Pigments, est paru, Robert Desnos écrivait ceci : « Il se nomme Damas. C’est un nègre… Damas est un nègre et tient à sa qualité de nègre. Voilà qui fera dresser les oreilles à un certain nombre de civilisateurs qui trouvent qu’en échange de leur liberté, de leur terre, de leurs coutumes et de leur santé, les gens de couleur soient honorés du nom de “Noirs”. Damas refuse le titre et reprend son bien… »

Plus qu’Aimé Césaire et que Senghor, Damas suivra de près le problème racial en Amérique : les lois « Jim Crow » (ce sont toutes les lois de la ségrégation dans les États du sud), les lynchages et les émeutes, la lutte pour les droits civiques de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People). Parallèlement, il traduit dans nombre de ses poèmes sa douleur devant le désastre que sont le racisme et le tabou des relations interraciales. Incarnant en poésie la pensée de Frantz Fanon avant la lettre – le mimétisme et le complexe d’infériorité, les séquelles du colonialisme – Damas épingle les nombreux fantasmes du Blanc sur le Noir, ainsi que les nombreuses frustrations du Noir dans la société blanche. Il fréquente et se lie d’amitié avec Countee Cullen, Langston Hughes (grands poètes noirs américains dont nous aurons l’occasion de parler dans Poètes… je l’espère. Il se lie également avec un autre chef de file de la littérature de révolte afro-américaine, Richard Wright, dont il fut récemment question sur Radio campus dans l’émission Contre-courant.

Après sa mort, pour inaugurer une exposition qui lui était consacrée, Césaire aura ces mots : « Damas, mon compagnon de toujours, toujours frère et ami, je souhaite que cette exposition te fasse mieux comprendre, et surtout qu’elle te fasse mieux aimer parce qu’elle t’aura fait mieux connaître : derrière l’ironie, la sentimentalité ; derrière le ricanement, la souffrance ; derrière le jeu de mots, la profondeur ; derrière la désinvolture, le tragique ; derrière le cynisme, la ferveur ; derrière le sarcasme, la foi, la foi inébranlable dans l’avenir. […] Que damas, par-delà la tombe se rassure : lui aussi, il a droit de survivre à la mort, et il lui survivra comme lui survivent toujours ceux qui ont beaucoup aimé, beaucoup souffert, beaucoup lutté et, plus sûrement encore, ceux dont les souffrances, les luttes et l’espérance rejoignent les souffrances, les luttes et l’espérance de leurs frères, de leur peuple. »

Bibliographie

Léon-Gontran Damas, Pigments/ Névralgies, Présence africaine, 1972.

               “          , Black-Label et autres poèmes, Poésie/Gallimard, 1956 et 2011.


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