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Henry Poulaille:la littérature prolétarienne

Poulaille

 Manifestation à Lens en 1913

 
CE LUNDI 17 DÉCEMBRE 2012, CONTRE-COURANT 15H.

 

« Il n’y a plus d’horizon, écrivait Henry Poulaille en 1975, il n’y a plus que des autoroutes et des boîtes gratte-ciel pour les larves humaines qui se débattent dans l’ennui, ayant perdu tout sens humain. Pourtant, il ne faut pas désespérer. Il n’y a plus de journaux libres, plus de revues. La télévision suffira bientôt au grand nombre et aux pseudo élites qui se débrouillent toujours, ne se préoccupant que de la mangeoire et de la culture de la vanité. […] Mais les temps reviendront où l’on reprendra la vie au sérieux — et où toute cette littérature de pacotille, cette peinture style Uniprix, cette cacophonie dite musique, nées sous le signe de la consommation, seront replongées dans le néant d’où elles n’auraient pas dû sortir. » (La Littérature et le peuple) Près de 40 ans plus tard, il faut bien admettre que ces lignes sont toujours d’actualité. Poulaille n’aura cessé de se battre pour que la littérature soit autre chose qu’un passe-temps ou le dérivatif pseudo culturel permettant d’éviter les sujets qui fâchent : c’est-à-dire, par exemple, ceux qui montrent les travailleurs à l’œuvre et la manière dont ils sont traités par ceux qu’ils ont contribué à enrichir outrageusement.

 

Son combat, Poulaille (1896-1980) l’a commencé juste après la guerre, dès le début des années 20, et il l’a mené sans défaillance pendant plus de deux décennies. Il s’est engagé totalement dans la défense de la “littérature prolétarienne” qui a, pour lui, « ceci de particulier qu’elle introduit le facteur expérimental dans l’esthétique littéraire. Différence essentielle entre le populisme et elle : elle est l’expression directe du peuple par des hommes qui en sont, tandis que le populisme cherche dans le peuple un sujet moins couru que les habituels sujets sur lesquels les littérateurs ont brodé dans le naturalisme. L’un des critères de la littérature prolétarienne est l’authenticité, chère au grand écrivain Ramuz. Force sera de reconnaître que son apport était de poids, et que, qualité pour qualité, le vrai peut être d’autant de valeur pour le moins que le “bien fabriqué” des plus belles fictions. »

Poulaille s’est montré sourcilleux dans sa définition de cet ensemble de publications émanant d’écrivains tous issus de la classe ouvrière. Il aura inlassablement tenté de démontrer la valeur de ces livres qu’il concevait comme des témoignages et qui furent souvent considérées, par le milieu littéraire établi et dominant, comme une catégorie très mineure, voire négligeable, de la littérature. Il souhaitait, sans pathos ni “ouvriérisme”, que ceux qui n’ont encore jamais pris la parole aient enfin voix au chapitre : « Des hommes voudraient parler. Des hommes qui ne sont que des ouvriers, des artisans, des paysans. Et parmi eux, de plus en plus maintenant des chômeurs. Ils sont écrasés par la fatalité d’être nés sous le signe de la pauvreté qui veut que, tandis qu’une minorité d’oisifs n’a que son Paradis à gagner, ils ont, eux, le nombre — le Paradis en plus s’ils y croient —, leur pain quotidien à gagner. » Poulaille a lui-même écrit deux livres aux titres explicites : Le Pain quotidien (paru en 1931) et Les Damnés de la terre (publié en 1935). Ces deux romans très proches de l’autobiographie parlent de son enfance dans le Paris ouvrier du début du 20e siècle. Les Damnés de la terre sont dédiés « À la mémoire des militants qui moururent dans les luttes ouvrières et en hommage à ceux qui vécurent les heures héroïques de la lutte de classe avant la guerre. » Dans deux autres récits, Pain de soldat et Les Rescapés, il évoque, par le truchement du personnage de Louis Magneux, ce qu’il a vécu et enduré, comme des millions d’autres, lorsqu’il fut envoyé au front pendant la Première Guerre Mondiale. La vie d’Henry Poulaille fut bien remplie, et toute entière mise au service de la façon dont, selon lui, la littérature pouvait contribuer à faire connaître les conditions de travail et de vie de ceux qui constituaient alors, et constituent encore, la majorité de la population, à savoir les ouvriers et les travailleurs en général.

 

Bibliographie

• Henry Poulaille : Le Pain quotidien, Stock, 1980.

Les Damnés de la terre, Éditions Les bons caractères, 2006.

Pain de soldat. 1914-1917, Grasset, Les Cahiers Rouges, 1937.

Les Rescapés, Grasset, 1938.

Nouvel âge littéraire, Bassac, Éditions Plein chant, 1986.

La Littérature et le peuple, Bassac, Éditions Plein chant, 2003.

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