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Chapitre 1: 1969 à 1971. Radio Campus : Pemière Station Etudiante de Radiodifusion à L'Université de Lille



STUDIO RESIDENCE BACHELARD 0/20-CAMPUS UNIVERSITAIRE DE VILLENEUVE D'ASCQ.
  • Campus Universitaire de Lille, printemps 1969. L'ennui règne en maître parmi ces nouvelles résidences érigées depuis peu en rase campagne à 8 kilomètres du grand centre urbain. Progressivement, des centaines, des milliers d'étudiants viennent chercher une culture dispensée dans les immenses amphithéâtres préfabriqués et retournent en ville le soir.
  • Il y a pourtant ceux qui restent : les "Résidents" des "villages", "Camus", "Hélène Boucher", "Evariste Gallois" et "Gaston Bachelard", groupés en bâtiments normalisés bleus et gris à la périphérie d'une massive et austère bibliothèque centrale. Bien sûr, une timide infrastructure de loisirs a été mise en place au sein même des résidences : foyers, club divers dont la mission s'avère être l'accueil des jeunes bacheliers pensionnaires du Campus.
  • C'est ainsi que le Club Radio de Bachelard enregistre l'adhésion d'élèves de l'Institut Universitaire de Technologie (IUT) qui, de par leur travail expérimental en laboratoire, s'intéressent aux montages électroniques et aux réalisations semi-professionnelles dans le domaine de l'audiovisuel.
  • L'un deux, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , installe bientôt -afin de tester son travail- un mini-émetteur dans l'une des chambres de la Résidence Bachelard, au quatrième étage de l'un des pavillons. L'installation est précaire, l'antenne rudimentaire, et les "tests" ne concernent qu'une minorité. Pourtant l'idée est née et se développera grâce à l'enthousiasme des pionniers de la grande aventure Radio Campus.
  • La situation géographique du Campus, son isolement idéologique, sa promiscuité déjà perceptible avaient en fait engendré la création du média- radio, spontané et rapidement réalisable et exploitable, alors que les structures traditionnelles s'attachent toujours -lors de l'implantation de vastes ensembles communautaires- à fournir des liaisons de communications populaire désuètes, peu adaptées, s'étonnant d'ailleurs que les jeunes les refusent, les négligent et les taxant illico d'inadaptation, de désenchantement ou autres démission de volonté. Radio Campus allait être l'exemple même de l'adaptation immédiate à une situation de conflit : conflit de communication humaine entre une population active, adulte et responsable et une population étudiante adolescente, créative et spontanée, exclue généralement du monde social à grands coups de clichés, d'apriorisme et de visions réactionnaires.
  • Peu de temps après, l'idée simple de "descendre" au Club Radio naît. La grande aventure commence, car le public étudiant peut assister, les mardis et les jeudis de 20h à 23h à la réalisation des émissions en direct. L'équipement est alors extrêmement modeste -et les sourires de bon aloi lorsque l'on observe les archives photos de la station ! - Seul, un premier mélangeur à 4 entrées construit par le "Big Boss" permet quelques astuces techniques. L'animateur voisine le technicien qui contrôle la modulation sur un oscilloscope et un récepteur trafic. Ce sont JESS ANDREW et POPAUL qui prennent en charge les émissions principales, tandis que les horaires dépendent encore de l'ouverture de la salle du club et de la chasse à la clef dans les étages..! Et pourtant, il reste peu possible de dire ce que nous ressentions, ce que j'ai ressenti, personnellement à cette époque, malgré les désordres évidents, les erreurs et bricolages, les imprécisions de toute nature ! C'est certainement l'impression confuse que tout pouvait arriver avec la soudaine liberté de programmer le rire, la tendresse, l'ironie, la colère, l'amour, la sensation enivrante de pouvoir créer, composer, interviewer, informer...sans aucune limite ni restriction. Mais cette explosion brutale allait aussi se traduire par les premiers excès naturels et Radio Campus se devait alors de franchir le plus rapidement possible cette étape de jeunesse qui consiste souvent à s'emparer d'un micro pour un usage égoïste et à délaisser l'auditoire. Cette étape sera relativement vite atteinte dans la vie de la station. Le "Big Boss" et des animateurs avertis s'y sont employés sans l'imposer et les perfectionnements nombreux et solides allaient donner à Radio Campus ses premières heures de gloire dès la rentrée universitaire de 1970, grâce à la compétence et au dévouement des techniciens Hervé Mary, Guy Robiquet, Charlie Delbarre, René Lavergne, et à celle des animateurs , Bernie, Didier Laune, Jess Andrew, Jean-Pierre Casléty.
  • Au début de l'année 1970-1971, Radio Campus devient audible dans un rayon de 3 à 4 kms sur la périphérie du Campus. Il faut noter que la position excentrique de Bachelard a toujours posé des problèmes de propagation à la station. Néanmoins, une deuxième étape importante se prépare et la station prend son autonomie en s'installant grâce à la bienveillance des agents et personnels de la Résidence dans la salle voisine qui devient le studio 020. Deux sections sont aménagées : le studio technique et le studio d'émission, le tout pouvant fonctionner en circuit fermé ; hors antenne pour l'enregistrement par exemple. A cette époque, Radio Campus reçoit la visite de centaines d'étudiants qui trouvent pour quelques heures le soir, par exemple, un lieu de réunion et de discussion derrière les vitres et spots colorés tandis que les animateurs et techniciens entretiennent une communication qu'ils ont créée, élaborée et qui devient vite pour tous le symbole d'une Université retrouvée malgré les immensités de béton et de goudron, les chambres exiguës et fonctionnelles, les parkings interminables, et les files d'attente épaisses devant les chicanes des entrées-restaurant.
  • En Février 1970, Radio Nooordzee International débute ses émissions depuis le Mebo 2. Radio Campus fait connaître la station en la relayant chaque midi de 12 à 14h. Ainsi, les programmes de Campus s'étendaient sans nécessiter une permanence aux heures des repas, en dehors de la mise en marche technique. Les 3 et 4 mars, une grande nuit "non-stop" était organisée en souvenir de l'abordage de Radio Caroline 2 années auparavant, et les programmes s'enchaînaient sans interruption pour la première fois de 20h à 10h du matin. A cette époque, les responsables étaient évidemment conscients des réactions possibles des autorités. Des "alertes" ont maintes fois ébranlé la sérénité des animateurs, telle celle d'un petit matin sur un coup de fil de la police-radio régionale désirant rencontrer les responsables. Une entrevue eut lieu en dehors de Lille et une déclaration d'émetteurs fut faite au commissariat local. La station était écoutée avec intérêt par ...les gardiens de la Paix.... Il faut avouer qu'une certaine psychose de la surveillance nous envahissait parfois, non sans raison si l'on se donnait la peine, nous aussi de parcourir les routes de notre Campus en véhicule automobile et de procéder aux relevés de propagation élémentaires... 

 

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